Le prochain conflit international se passera-t-il en Asie ?


Chroniques émergentes : l’Asie viendrait-elle de Mars ?


Cécile Chevré, rédactrice de Croissance & Opportunités, Agora

La plus grande menace de conflit international, ce n’est pas le Proche-Orient. Oubliez (pour un instant) l’Iran, Israël, la Russie, l’Ukraine ou encore la Syrie… et tournez votre regard vers l’Asie. Car, oui, le continent est une des plus importantes sources de conflits, des tensions séculaires qui renaissent aujourd’hui avec une nouvelle force alors que la Chine ne cesse de prendre de l’importance économiquement, politiquement, diplomatiquement… et militairement.

L’empire du Milieu est en effet au centre de moult tensions plus ou moins exacerbées, non seulement avec le Japon — le conflit entre les îles Senkaku/Diaoyu a été très médiatisé en Occident — mais aussi avec son puissant voisin l’Inde ou encore avec la Corée, le Vietnam, la Malaisie, les Philippes ou le sultanat de Brunei.

L’empire du Milieu est en effet au centre de moult tensions plus ou moins exacerbées, non seulement avec le Japon mais aussi avec son puissant voisin l’Inde ou encore avec la Corée, le Vietnam, la Malaisie, les Philippes ou le sultanat de Brunei

Les complexes relations entre l’Inde et la Chine
Le conflit entre l’Inde et la Chine est larvé depuis les années 1950 et 1960 et se cristallise sur la reconnaissance de leurs frontières respectives. Les deux géants asiatiques ne parvenant pas à se mettre d’accord sur la question — et l’Inde accusant en outre la Chine de soutenir le Pakistan ou encore d’installer des bases militaires et commerciales dans toute la région –, de régulières montées de tensions ont lieu.

Ainsi au printemps 2013, des troupes chinoises ont pénétré de près de 20 km à l’intérieur des terres indiennes provoquant la colère de New Dehli.

Seulement, outre l’aspect militaire et territorial, les deux puissances sont aussi des partenaires économiques — la Chine est le principal partenaire de l’Inde — mais aussi diplomatiques en particulier face à l’Occident. Pas si simple donc…

La mer de Chine, épicentre des conflits
Mais, plus que la frontière entre l’Inde et la Chine, l’épicentre des tensions entre les pays asiatiques est aujourd’hui situé en mer de Chine.

Les raisons sont multiples : ce territoire maritime fait l’objet de revendications de la plupart des pays qui y disposent d’une côte, aussi bien pour des raisons historiques qu’économique.

L’épicentre des tensions entre les pays asiatiques est aujourd’hui situé en mer de Chine

En effet, les tensions ont encore pris de l’ampleur ces dernières années alors que le sous-sol de la mer de Chine s’avère riche en gaz et pétrole. Aux raisons nationales/nationalistes — qui ne doivent pas être sous-estimées dans une région où le nationalisme effectue un retour remarqué à la faveur des difficultés économiques — s’est donc ajoutée une véritable chasse au trésor sous-marine.

Et puis la mer de Chine est devenue le lieu de passage d’une des principales routes maritimes commerciales internationales.

Ainsi, depuis plusieurs semaines, c’est le conflit entre la Chine et le Vietnam qui a fait la une de l’actualité. Ce dernier a déclaré, par la voix de son gouvernement, qu’il était prêt à prendre « toutes les mesures nécessaires » pour que l’empire du Milieu mette fin à son projet de forage pétrolier en mer de Chine méridionale, plus précisément près de l’archipel des Paracels — îlots revendiqués par la Chine mais aussi par le Vietnam.

La Chine a ainsi envoyé sa marine militaire pour protéger et accompagner les opérations de forage entreprises par la société d’Etat CNOOC. En retour, Hanoï accuse Pékin d’avoir attaqué certains de ses patrouilleurs. Et fin mai, un navire de pêche vietnamien a été coulé par des navires chinois. La multiplication de ces incidents a déclenché une véritable vague de manifestations anti-chinoises au Vietnam, provoquant plus d’une centaine de blessés et même plusieurs morts.

Le conflit entre les deux pays prend une telle ampleur que le Japon, les Etats-Unis et l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) s’en sont officiellement émus.

Chine/Japon, la guerre de moins en moins froide
Et comment oublier la guerre de moins en moins froide qui oppose le Japon et la Chine au sujet des îles Senkaku (selon les Japonais) ou Diaoyu (selon les Chinois), 8 îlots administrés par Tokyo mais revendiqués de plus en plus fermement par Pékin. 8 îlots arides, sans aucun habitant, mais qui donnent accès à des eaux riches en poissons et des fonds marins apparemment bien fournis en hydrocarbure.

Exemple de l’ampleur du ressentiment, au cours du Forum de l’économie mondiale de Davos fin janvier, interrogé par des journalistes au sujet du conflit qui oppose le Japon et la Chine, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a ainsi comparé la situation actuelle avec celle qu’ont connu l’Allemagne et la Grande-Bretagne avant 1914. Ambiance…

Interrogé par des journalistes au sujet du conflit qui oppose le Japon et la Chine, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a ainsi comparé la situation actuelle avec celle qu’ont connu l’Allemagne et la Grande-Bretagne avant 1914

Et les Etats-Unis dans tout cela ?
En avril dernier, alors qu’il était en visite au Japon, Barack Obama a tenu à rassurer de son soutien l’allié japonais en déclarant que les îles Senkaku étaient « couvertes » par le traité de défense Etats-Unis/Japon. Une annonce très clairement en direction de Pékin et qui signifie « pas touche ».

Oui, mais, cher lecteur, encore faut-il pouvoir défendre militairement ses (bonnes ?) intentions en cas d’escalade du conflit. Et ce d’autant plus que, depuis plusieurs mois, des rumeurs d’interventions chinoises sur ces fameux îlots circulent dans les milieux bien informés.

Le Japon bénéficie donc de la protection des Etats-Unis, certes, mais que vaut celle-ci ? Il nous faut en premier lieu aborder les questions géopolitiques avant de nous attaquer à l’angle économique qui est le nôtre dans ses lignes.

Depuis quelques mois, la force de persuasion du gendarme du monde et de ses alliés européens est mise à mal. Pensez à ce qui s’est passé en Syrie : Barack Obama avait menacé le régime de Bashar el-Assad d’une intervention militaire en cas de preuves formelles de l’utilisation d’armes chimiques. Celles-ci semblent bel et bien avoir été utilisées, et aucune intervention punitive n’a été déclenchée.

La force de persuasion du gendarme du monde et de ses alliés européens est mise à mal

Quant à la Crimée, les Etats-Unis et l’Europe ne parviennent pas à imposer leur vision politique à Vladimir Poutine et les sanctions prises contre les dirigeants russes semblent de peu de poids dans la balance des intérêts bien compris du Kremlin.

Demain, nous verrons que cette montée des tensions s’accompagne d’une flambée des budgets militaires en Asie… et ce que cela signifie non seulement d’un point de vue géopolitique qu’économique.

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